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Jeudi, 2 Septembre 2010

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Emiland Marie Gauthey (1732-1806)

D’origine chalonnaise, Emiland Marie Gauthey ingénieur des Etats de Bourgogne, exerça l’essentiel de sa carrière au sud est de la région et contribua, par ses canaux et ouvrages d’art, à l’ouverture du pays du chalonnais vers les transports et l’industrialisation naissante.

Biographie


Né à Chalon sur Saône en 1732, Emiland Marie Gauthey, fils de Pierre Gauthey, « médecin du Roi » étudie au collège jésuite de la Ville. Après la mort de son père alors qu’il avait 16 ans, il rejoint son oncle, professeur de mathématiques auprès de pages de la cour à Versailles. Là, il apprend les mathématiques, mais aussi l’architecture auprès des architectes Dumont et Jean François Blondel. Il intègre ensuite le « bureau des ingénieurs », qui devient peu après « école des Ponts et Chaussées », où il étudie essentiellement la géométrie et l’arithmétique.

Nommé à 26 ans sous ingénieur des Etats de Bourgogne, Gauthey exerce pendant 24 ans au sud est de la région, sous l’autorité d’un autre chalonnais, Thomas Dumorey. Très tôt, il se fait remarquer, notamment en soutenant l’architecte Soufflot dans la querelle née autour de la coupole prévue pour l’actuel Panthéon à Paris : il s’appuie, c’est nouveau, sur des données physiques et mathématiques soutenues par l’expérimentation. Il lutte aussi, contre d’autres projets, pour la construction d’un canal reliant la Loire à la Saône de Digoin à Chalon-sur-Saône, ou « canal du Charolais ».


Sa science des canaux le fait nommer en 1783 responsable de la construction simultanée des canaux de Bourgogne, du Charolais (actuel canal du Centre), et de Franche Comté ; à la mort de Dumorey, il devient aussi ingénieur en chef des Etats de Bourgogne et s’installe à Dijon. Il dessine les plans des projets importants et confie les réalisations à ses sous ingénieurs, souvent puisés dans sa famille ou parmi ses proches (François Guillemot, François Pourcher et Claude Nièpce pour le chalonnais), s’attachant essentiellement à la construction du canal du Centre, qui ouvre à la navigation en 1793.

En 1791, Gauthey est nommé inspecteur général des Ponts et Chaussées, en charge de la Bourgogne et du Centre. A 60 ans, il rejoint donc Paris,  épousant dans le même temps sa cousine et adoptant un petit neveu, Claude Navier, qui sera l’un des plus brillants ingénieurs du début du XIXe siècle. Gauthey continue à polémiquer (Panthéon, canal de l’Ourcq à Paris) jusqu’à sa mort dans la capitale, le 14 juillet 1806.


Emiland Marie Gauthey à Chalon-sur-Saône

Au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle, l’œuvre d’urbanisme et d’architecture des ingénieurs des Etats de Bourgogne, et plus particulièrement d’Emiland Gauthey, transforme considérablement Chalon-sur-Saône, en faisant une cité moderne prête à accueillir l’industrialisation.


Le Théâtre


En 1769, Gauthey fournit les plans et dessins d’un théâtre pour la ville, édifié en 1776 ; il s’inspire fortement de l’Opéra de Versailles, contemporain, par Gabriel. De ce premier bâtiment ne subsiste que la façade, où le goût pour l’antique transparaît dans le choix de grands pilastres de pierre ornés de chapiteaux  ioniques ; la sobriété de l’ensemble traduit bien ce qu’on appellera bientôt le « néo-classicisme ». Ingénieur, Gauthey n’en maîtrise pas moins la culture et le savoir-faire de l’architecte ; à la génération suivante, ces deux métiers seront bien distincts.


Les ponts : Thalie, Chavannes, Saint-Laurent


S’il surveilla les travaux du pont sur la Thalie dû à Dumorey, Gauthey est l’auteur du « faux-lit » ou canal de décharge, propre à limiter les inondations, et, au dessus, du pont des Chavannes (1778), mais aussi du pont Saint Laurent (1789, détruit en 1944). Si l’installation de huit obélisques sur le pont Saint Laurent ou d’ouvertures ovales (oculi) sur le pont des Chavannes révèlent les préoccupations esthétiques d’un architecte, la forme profilée des piles des ponts, notamment en amont, et l’idée d’y créer des vides (Chavannes) témoignent de la science de l’ingénieur.


Le Quai des Messageries, Canal et Quartier de la Citadelle


Véritable urbaniste, Gauthey dirige les travaux de destruction de la citadelle et dessine là un nouveau quartier, aux rues larges et perpendiculaires organisées autour de la rue de la Citadelle et des places ronde et carrée ; les constructions s’élèveront au XIXe siècle. Il met en scène l’embouchure du canal du Centre, créant deux bassins aboutissant à un obélisque commémoratif. Il propose aussi dès 1780, en collaboration avec Dumorey, l’aménagement de l’actuel quai des Messageries, concevant  vraisemblablement le modèle de constructions imposé sur le quai ( 6 à 18).


L'Hôtel Colmont-Fusselet


Bâti avant 1773 pour Mme de Colmont sur des terrains appartenant à François Gauthey, l’oncle d’Emiland, cet hôtel particulier, vraisemblablement conçu par notre ingénieur, témoigne d’une parfaite connaissance des motifs tant antiques que de l’architecture classique française.


Citation de Gauthey


« Les sciences ont entre elles des rapports généraux qui les unissent toutes par une correspondance immédiate : cette liaison est une loi de la nature si nécessaire et si constante que nos connaissances ne se perfectionnent jamais que par les Lumières réciproques qu’elles se prêtent »
(Emiland Marie Gauthey, mémoire sur l’application de principes de mécanique de la construction des voûtes et des Dômes)

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