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Le cabinet littéraire
Huit membres fantômes de la légendaire famille MILLOT (dont Gustave lui-même !) se sont invités en salle d’étude le temps d’un dos-à-dos narratif avec les lecteurs, nous frôlant de leurs ectoplasmiques souvenirs biblio-biographiques.
Un fantôme, une histoire :
Le 15 0ctobre 1885, à Saint Malo, le capitaine Troïlus Millot de La Roche fut victime d’un terrible accident alors qu’il cheminait au clair matin rue de la Pie Qui boit… Sa tête heurta violemment le pavé, il y eut du sang, des cris, son souffle s’étrangla et ses yeux se fermèrent.
Il survécut, mais à son réveil il avait définitivement perdu la vue, l’ouïe, et ses mains restaient inertes sur la blancheur des draps...
Un autre fantôme, et encore une histoire :
On s’en doutait, la chose est désormais prouvée : le professeur Ramsès Milloum Changhardunor, ( du National Center for Excentric Reading Research de Princeton ) vient de révéler l’existence d’une POROSITE EPIDERMIQUE de la lecture.
Chez certains sujets, exposés à plus de quatre à cinq heures de vive lecture continue, on a pu observer ce phénomène confondant : la lecture, qui d’ordinaire circule docilement à l’intérieur du corps, semble réussir à franchir la barrière sous-cutanée pour se diffuser à l’extérieur, vers les entourages, pas jusqu’en Laponie peut-être mais assez loin quand même...
Suite à l’éclipse totale de curiosité qui traverse actuellement la bibliothèque en cet azimut le Cabinet Littéraire s’est tragiquement dérobé aux regards mais…il réapparaîtra le 06 Novembre avec force scintillations, excentricités elliptiques et constellations augmentées.
"Je n’ai pas su son nom.
J’ai rencontré cette femme dans le très vieux silence d’une ancienne chapelle reconvertie en bibliothèque.
J’y viens souvent. Elle aussi. Nous nous croisions. Nous nous parlâmes.
J’avais remarqué depuis des semaines qu’en fait elle n’empruntait jamais aucun livre.
Je la voyais glisser le long des rayonnages, comme un curseur silencieux, s’arrêter en un point précis, sortir un ouvrage et le feuilleter, comme quelqu’un qui cherche vaguement quelque chose, puis le reposer, repartir, et recommencer un peu plus loin ses incertaines manipulations..."
A suivre...dans le Cabinet littéraire des curiosités furtives en bibliothèque Adultes dès à présent.
Retranscription de quelques–unes de ces déconcertantes notules19 Janvier
Lacs de neige fondue, montagnes de neige fondante.
Kafka se sent un peu étourdi et fatigué de luger.
Des séances de lecture ont commencé d’avoir lieu tous les soirs, excepté le jeudi et le dimanche. A cet effet des appareils à gaz d’éclairage ont été établis dans les deux salles de la bibliothèque.
On demande à Borges de citer, parmi tous ses livres, celui dont il se sent le plus fier. «Je ne suis pas fier de ce que j’ai écrit, répond-il, mais je suis fier de ce que j’ai lu.»
Rendez-vous lors de la restitution finale au mois de novembre pour la suite des extraits des notes supposément attribuées au bibliothécaire G. Millot.
"On arrive là-bas en partant d’ici, point d’autre façon.
Tel qui voudrait partir d’ailleurs arriverait autre part,
à côté,
au-delà,
voire n’importe où, où sont les n’importuns,
inconnus de visage mais connus pour leur ombre, rapide et brillante,
qui se prend à la vôtre à chacun de vos pas, et ne vous lâche plus, même à reculons.
On part un soir d’automne, au neuvième coup, en lune montante et par la Porte Ouest.
Nous ne parlerons pas du voyage.
A certains moments le chemin semblera disparaître sous terre, comme une source qui se perd dans les cailloux, pour rejaillir quelques kilomètres plus loin à l’orée fragile d’un champ de pavots..."
Carte des provinces de l’Est ( fragments C / 23.67 et C / 23.69)
"En ce temps-là il y avait un royaume qui était si grand qu’il fallait une journée entière pour en prononcer le nom, du Nord au Sud.
C’était le royaume de l’empereur Kao TCHONG-SI, dont la patience était si courte qu’il lui fallait une seconde à peine pour trancher, d’Est en Ouest, le cou des bavards qui disent les noms.
Aussi loin qu’on allât on arrivait jamais ailleurs, et même la nuit les rêves des dormeurs battaient l’air immense de leurs ailes d’or sans trouver à franchir les limites du royaume.
Or il arriva qu’après bien des soleils et bien des pluies, TCHONG-Si s’exaspéra de tant d’espace et de silence.
Son corps étant las des jeux de la guerre et du dos des chevaux, il l’abandonna à la volupté.
Chaque soir, et souvent jusqu’à la cinquième veille, les belles aux doigts badins firent rougir la lune claire au dessus des toits du palais, ..."
Coupe de l'arbre de lecture d'Amélie Parqueret née Millot
'' Dans cette ville, rien de remarquable.
Mais je veux vous parler de ceux qui naissent dans cette ville.
Dès que l’un d’eux sait lire, et certains n’apprennent que très tard, un arbre se met à pousser, au loin, dans des forêts profondes(...).
L’arbre et le lecteur ne se rencontreront jamais, mais dès lors, où qu’il soit, quoiqu’il lise, c’est toujours sous son arbre que le lecteur lira : à son ombre, dans le frémissement de ses feuilles, le dos calé sur son écorce, et quand bien même des autres croiraient continuer à le voir lire assis dans l’autobus ou couché dans son lit.
Le jour où le lecteur meurt, ou cesse à tout jamais de lire, l’arbre dépérit d’un coup et la page est tournée. (...)
Tous ne sont pas des arbres de lecture. Il faut couper le tronc pour être sûr...''
''L’une des plus extraordinaires bibliothèques du monde connu se trouve en plein Océan Indien, à la limite des 40èmes rugissants, par 38°43’ de latitude sud et 77°31 de longitude est, sur un minuscule îlot volcanique de 8 km2 battu par les vents.
Un homme seul s’occupe des ouvrages, dont il est également trop souvent l’unique lecteur...
Plusieurs fois par mois l’homme fait le tour de l’île pour recueillir et rassembler les ouvrages, épars sur les rochers.
En effet, tout ce qui flotte et surnage dans ces parages de bout du monde, sur un axe de plusieurs centaines de kilomètres est précisément poussé là, sur ces rivages, par le puissant courant des Aiguilles.
C’est ainsi que Riwal- Meriadeg- Gurvan MILLOT a constitué la plus belle collection patrimoniale subantarctique de « manuscrits flottés ». Chaque bouteille , intacte ou brisée , a été soigneusement répertoriée , les feuillets déroulés, séchés, salés et reliés.
Hélas, cette collection littéraire unique n’est visible sur place et à l’œil nu que lors des si rares éclipses de Vénus : dans la nuit du cinq au six juin 2012, puis dans 105 ans...''
Un ticket de métro
Ce ticket serait la cause de vibrations légères et sensibles en salle de prêt à la bibliothèque Adultes.
Il a été oublié on ne sait dans quel livre et ‘serait à l’origine de ce troublant phénomène, bien connu dans les bibliothèques du monde entier sous la laconique appellation de « syndrome hallucinatoire métropolitain irruptif »'.
‘La salle de prêt s’incurve, tourne, un peu sèchement dans un virage, et le centre de gravité des lecteurs debout se déplace d’1,5 mm sur la droite, ça tangue,…
C’est un peu déconcertant au début, mais les habitués savent que tout rentre dans l’ordre…’
Un espace vide de 38 cm x 21 cm,
38 cm linéaires Sud/Sud Ouest sur rayonnage rétractile en chêne d’abbaye, retrouvé par hasard en salle d’étude de la bibliothèque Adultes travée 17/étagère 8.
Ce vide correspond à l’emplacement des livres rares et précieux jamais arrivés à destination, suite au naufrage du brick-goélette « The Wild Cat », qui quitta le port de New York pour le Havre le 21 mai 1882.
Gustave Millot refusa obstinément de laisser d’autres livres occuper « leur place » jusqu’à la fin de sa vie. On a pu le voir à certaines heures scruter ‘le fond de son étagère comme sur la jetée les femmes de marin l’horizon vide’.
Vous pourrez retrouver tous les détails de ce naufrage en novembre lors du rassemblement des trésors dénichés dans les magasins de la Bibliothèque.
Bibliothèque municipale BP 70092 - 71321 Chalon-sur-Saône cedex.