HISTOIRE DU TOUR A CHALON

Depuis 1959, Chalon-sur-Saône a accueilli quatre fois le Tour de France. Retour sur ces étapes inoubliables.

16 JUILLET 1959 

GRANDE PREMIÈRE

Si le Tour de France est brièvement passé dans les rues de Chalon en 1926, c’est la première fois que la cité de Niépce est désignée comme ville-étape de l’événement. La ferveur est à la hauteur du rendez-vous. « Tout est prêt pour recevoir au même endroit les géants du Tour qui pourront se livrer à un sprint effréné sur la magnifique ligne droite du quai Gambetta », écrit Le Courrier de Saône et-Loire. Le peloton, qui a déjà 19 étapes dans les jambes, est disséminé. Au départ d’Annecy, ils ne sont que 68 coureurs à s’élancer en direction de Chalon. Au mérite d’une échappée autoritaire, l’Anglais Brian Robinson arrive avec une avance très confortable sur le reste de la meute. Au coeur de Chalon, les derniers coups de pédales de ses poursuivants sont plus accrochés. « Le sprint pour la seconde place, disputé par soixante-cinq coureurs, fut si serré que le juge Halna dut attendre que le film de l’arrivée fut développé pour classer l’italien Padovan deuxième ». Comme envisagé, des milliers de Chalonnais s’enthousiasmèrent devant les exploits des forçats de la route. « Chalon avait retrouvé l’ambiance que l’on connait pour Carnaval. Dès le matin, les artères de notre ville étaient envahies par une foule de voitures venues de toutes les régions environnantes. On remarquait aussi de nombreuses voitures étrangères… Chalon était devenue une ville internationale ».

1ER JUILLET 1961

SOUS UN SOLEIL BRULANT

Deux ans seulement après son premier arrêt à Chalon, le Tour est déjà de retour ! « L’événement suscite, comme il y a deux ans, un engouement extraordinaire », affirme Le Progrès de Saône-et-Loire. « Le nom de Chalon à cette occasion sera lancé et répété sur toutes les ondes ». Et déjà à l’époque, la venue de la caravane constitue une aubaine pour le commerce local. « Il est impossible de trouver une seule chambre d’hôtel dans la cité qui sera envahie non seulement par les coureurs, les suiveurs, les dirigeants de la course, mais encore par la foule intéressée accourue de toute la région ». Pour que les spectateurs profitent au mieux du spectacle de l’arrivée sur les quais de Saône, un aménagement conséquent est déployé. « Six buvettes et des chaises à 5 NF pour l’arrivée du Tour de France », titre le quotidien local. Sportivement, c’est à Belfort que débute cette 7e étape. Malgré une chaleur écrasante, 15 coureurs font l’effort pour se détacher du peloton et effectuer une échappée de 170 kilomètres. Au petit jeu du sprint, c’est le Français Jean Stablinski qui s’impose sur la place du Port-Villiers. « Stablinski, dont l’épouse fêtait aujourd’hui son anniversaire, désirait lui faire expédier des fleurs. Il n’ignorait pas que celles de la victoire lui feraient encore davantage plaisir ».

17 JUILLET 1975

L’IDOLE THÉVENET

Chalon, qui s’apprête à juger le dénouement de la 19e étape, n’a d’yeux que pour l’enfant de la Saône-et-Loire : Bernard Thévenet. « Nul doute qu’à l’applaudimètre ce dernier l’emportera très nettement sur tous ses concurrents et amis », confirme Le Courrier de Saône-et-Loire. « Si les deux mille places de la tribune dressée pour la circonstance trouvèrent rapidement preneurs, combien de spectateurs par contre pénétrèrent sur le circuit tracé dans le quartier de la ZUP…bien difficile de le dire mais en disant vingt mille personnes, nous ne pensons pas faire preuve d’excès, bien au contraire ».Si le sprinter belge Rik Van Linden s’empare de la victoire d’étape aux Prés Saint-Jean, l’essentiel est ailleurs. Eddy Merckx dans le dur, Bernard Thévenet semble avoir définitivement pris l’avantage sur le quintuple champion du Tour. « Cette étape calme a pleinement satisfait Thévenet qui n’a plus que trois grands pas à faire pour entrer dans la galerie des vainqueurs du Tour », analyse le CSL. Une déduction qui se vérifiera quelques jours plus tard sur les Champs-Elysées.

22 JUILLET 1988

TOUJOURS PLUS DE MONDE

« Ce n’est pas chose facile que d’accueillir le Tour ! », rappelle Le Courrier de Saône-et-Loire. Les abords de l’avenue Édouard-Herriot, théâtre de l’arrivée d’étape, sont profondément réaménagés. On tond, on aplanit, on déplace les feux tricolores…« Un seul mot d’ordre, élargir. Élargir, c’est ce qu’on fait les services de la ville ». Au-delà de ces aspects logistiques, la presse de l’époque insiste sur une ferveur populaire intacte et la multiplicité des profils de spectateurs. « Familles entières venues parfois de loin, communier avec la petite reine ; pratiquants du dimanche, connaissant le plaisir qu’elle procure et les souffrances qu’elle impose ; pépés la casquette (bleu, blanc, rouge) vissée sur la tête, gamins agitant des fanions, vacanciers cherchant l’ombre collée au transistor… ». Comme en 1961, cette foule bigarrée a le plaisir chauvin de saluer une victoire d’étape tricolore. Dans le sprint final, Thierry Marie se détache à seulement 300 mètres de l’arrivée pour remporter la mise. Personne n’imaginait alors qu’il faudrait patienter trois décennies avant que le Tour ne fasse de nouveau étape à Chalon !

100 ans de maillot jaune

L’édition 2019 du Tour de France célèbrera le centenaire du Maillot Jaune, l’un des plus grands symboles du sport mondial.

Bien que la course cycliste ait été créée en 1903, ce n’est que seize ans plus tard que les organisateurs décident de vêtir le leader du classement général d’une tunique jaune. En 1919, après plusieurs années d’interruption suite à la Grande Guerre, le Tour de France revient à la compétition. Le 29 juin, au lendemain de la signature du traité de Versailles, un peloton d’une petite soixantaine de coureurs s’élance de Paris pour parcourir les routes d’une France meurtrie par les combats et la privation. Si le contingent de cyclistes au départ est si faible, c’est, hélas, parce que bon nombre des meilleurs coureurs de l’époque ne sont pas revenus du front. Déjà réputé difficile avant son interruption, le Tour de France version 1919 se révèle une course insurmontable pour des sportifs mal équipés et hantés par quatre années de combats. Le 27 juillet, seulement une dizaine de cyclistes franchissent la ligne d’arrivée au Parc des Princes. Lors de l’épilogue de ce Tour de la renaissance, le Belge Firmin Lambot, vainqueur, arbore un Maillot Jaune qui le distingue clairement des autres coureurs aux tenues sans couleurs ni sponsors.

Pourquoi la couleur jaune ?

En réalité, ce maillot reconnaissable entre mille est né quelques jours plus tôt. Officiellement, il s’agissait de permettre aux spectateurs d’identifier en un coup d’œil celui qui mène la danse sur les routes de France. En effet, lors des premières éditions, seul un discret brassard vert distinguait le meilleur coureur du peloton de ses concurrents. Le 19 juillet 1919, lors de la 11e étape au départ de Grenoble, le Français Eugène Christophe est le premier à avoir les honneurs de la précieuse tunique. Tel un phare dans la nuit de l’après-guerre, ce Maillot Jaune guidera les forçats de la route sur le chemin de la gloire. Sa couleur, le maillot le plus convoité du peloton la doit au quotidien sportif L’Auto (ancêtre de L’Équipe), créateur et organisateur de la course à l’époque et dont les pages du journal étaient... jaunes ! À ce jour, 266 cyclistes ont endossé la flamboyante tenue qui, trois semaines par an, est l’objet de toutes les convoitises.